1 pomme de 1950 = 100 pommes de 2015 … pourquoi ?

Chers lectrices et lecteurs,

De nombreux média ont relayé l’information ces derniers temps  »1 pomme de 1950 = 100 pommes 2015 », c’est à dire que pour avoir la même quantité de micronutriments qu’une pomme de 1950, il faudrait en manger 100 aujourd’hui, c’est vertigineux !

Nous allons voir pourquoi cette chute des micronutriments et comment s’organiser pour ne pas subir de carences. Mais d’abord un petit rappel : à quoi servent les micronutriments ?

A quoi servent les vitamines et minéraux ?

Ceux qui lisent mes articles ou qui me consultent, savent à quoi servent les micronutriments, c’est à dire les vitamines et minéraux. Pour les autres, ce sont les cofacteurs qui permettent aux cellules du corps de fonctionner normalement. Losque nous sommes en sub-carence, c’est à dire qu’il nous en manque juste un peu mais pas trop, le corps va fonctionner en sous-régime en quelques sorte. Nous pouvons alors nous sentir fatigués et sans énergie même que nous mangeons à notre faim et que notre sommeil est bon. Il ne suffit donc pas d’apporter du carburant, les fameuses calories ou macro-nutriments, mais il faut aussi les précieuses vitamines et minéraux.

Et où les trouver ? Principalement dans les fruits et légumes, surtout crus car la cuisson en détruit une partie. Aussi dans les céréales complètes, les légumineuses et les oléagineuses. Enfin, certains vitamines comme la B12 et minéraux comme le Fer se trouvent dans les animaux et sous produits animaux (oeufs, laitages …) que nous mangeons.

Notre alimentation est de plus en plus pauvre en nutriments … un constat scientifique !

Selon Philippe Desbrosses, docteur en sciences de l’environnement à l’université Paris-VII, quand vous mangez une pomme Golden achetée en supermarché, elle vous apporte 4 mg de vitamine C. En 1950, quand nos grand-parents mangeaient une pomme de la variété transparente de Croncels, ils avalaient 400 mg de vitamine C !!! Vous voyez la différence ? La densité nutritionnelle a été divisée par 100 en à peine 60 ans.

2015 croncels

Et ce n’est pas tout, selon le journaliste Jeffrey Christian (2) qui a compilé de nombreuses études américaines et britanniques, cette chute en vitamines et minéraux touche de nombreux fruits et légumes :

  • La vitamine A chute dans 17 des 25 fruits et légumes. La pomme de terre et l’oignon ont la palme, puisque aujourd’hui, ils n’en contiennent plus le moindre gramme. L’orange en contiendrais 21 fois moins alors qu’il y a 60 ans, une seule orange couvrait totalement les apports.
  • Le calcium contenu dans le brocoli était de 12,9 mg de calcium par gramme de brocoli en 1950 … il n’en renfermait, selon l’USDA U.S. Department of Agriculture (3), plus que 4,4 mg de calcium par gramme de brocoli en 2003, soit quatre fois moins !
  • Le fer que l’on trouve dans la viande de 2015 est deux fois moins important que celui qu’on y trouvait en 1950, car les bêtes sont aujourd’hui nourries avec des céréales (maïs, soja …etc.) elles mêmes moins riches en nutriments … c’est toute la chaîne alimentaire qui est touchée.

Et ce n’est pas tout : Phosphore, Zinc, Cuivre, protéines, riboflavines … etc. de nombreux autres nutriments sont touchés par cette baisse des 60 dernières années. Mais comment expliquer cela ? Que s’est-il passé pour que nos aliments perdent leur richesse nutritionnelle ?

Pourquoi notre alimentation s’appauvrit-elle ?

Des décennies d’agriculture intensive ont épuisé et continuent d’épuiser les sols, que l’on tente de réanimer à coups d’engrais chimiques. La sélection des variétés qui vont donner de beaux fruits bien calibrés au détriment de leur richesse nutritionnelle. L’usage intensif de pesticides chimiques qui empêche la plante de développer son immunité et donc les molécules qui vont être protectrices face aux agressions. Le proverbe « ce qui ne nous tue pas nous rends plus fort » est aussi valable pour les plantes et les animaux, trop protégés, ils ne se défendent plus vraiment contre les nuisibles et ainsi ne développent pas les substances immunitaires … en bout de chaîne, nous ne pouvons pas en profiter.

Enfin, pour enfoncer le clou, des temps de culture toujours plus courts et des fruits et légumes cueillis avant maturité pour faciliter le transport. En bref, une course infernale au rendement qui touche notre agriculture : plus de rendements = moins de nutriments ! Finalement, on peut se presque se demander comment il peut rester des nutriments dans des aliments aussi malmenés ?

Mais comment faire alors ?

Pour obtenir des fruits et légumes qui ne sont pas des coquilles vides nutritionnelles, il faut privilégier les agriculteurs qui ne vont pas faire de l’intensif, qui ont des parcelles à taille humaine, qui ne vont pas noyer leurs sols et/ou leurs bêtes de pesticides, qui vous proposent des variétés anciennes, des fruits et légumes de saison cueillis à maturité. Pas d’inquiétude, ces agriculteurs, vous n’êtes pas obligés de les sélectionner vous mêmes, bien qu’ils seront toujours heureux de vous rencontrer. Ouf, heureusement, on retrouve ces valeurs de plus en plus souvent : chez les agriculteurs BIO ou raisonnés en France et en Europe, mais aussi dans les circuits courts qui mettent en relation les agriculteurs avec les consommateurs.

Distribution à l'amap court circuit

Distribution à l’amap court circuit

Ce sont les AMAPs (associations pour le maintient de l’agriculture paysanne) qui fournissent des paniers de manière hebdomadaire, les « Ruches » qui ont été développées par l’entreprise « La Ruche Qui Dit Oui », mais aussi les associations comme « Territoires » qui cultive local et solidaire à Saint-Denis, enfin les boutiques bio qui fonctionnent comme des coopératives, par exemple les biocoop et enseignes indépendantes … le choix est vaste, mais aujourd’hui la proximité devient gage de qualité.

Enfin, n’hésitez pas à regarder vos fruits et légumes : s’ils sont tous beaux, tous propres, tous lisses et luisants, sans aucun défaut … vous pouvez passer votre chemin. Au contraire les fruits « moches » sont souvent un gage de qualité, le fruit ou légume a eu le temps de grandir et de se défendre tout seul, donc d’être plus fort. Oubliez les tomates en plein hiver cultivées hors sol forcément et vendues à des prix exorbitants et favorisez les légumes de saison, actuellement nous avons de beaux brocolis, poireaux et céleris raves … votre porte monnaie vous en sera reconnaissant car les fruits et légumes de saison sont souvent bien plus abordables !

 Et vous comment faites vous pour acheter de vos fruits et légumes ? N’hésitez pas à poster vos idées et questions dans les commentaires.

Bien à vous,

Anaïs Lala Naturopathe à Paris 10ème et Saint-Denis (93)


Références : 

(1) Still No Free Lunch:Nutrient levels in U.S. food supply eroded by pursuit of high yields. 2007. Brian Halweil. http://organic-center.org/reportfiles/YieldsReport.pdf

(2) Nutrient Changes in Vegetables and Fruits, 1951 to 1999. 2002. Compiled by Jeffrey Christian.
http://www.ctv.ca/servlet/ArticleNews/story/CTVNews/20020705/favaro_nutrients_chart_020705

(3) Journal of the American College of Nutrition, Changes in USDA Food Composition Data for 43 Garden Crops, 1950 to 1999,Vol. 23, No. 6, 669-682 (2004). http://www.cncahealth.com/explore/learn/nutrition-food/declining-nutrition-of-fruits-and-vegetables#.VL4fsxaea3V

(4) David Thomas, « A Study of the Mineral Depletion of the Foods available to us as a nation over the period 1940 to 1991″, in press, Nutrition and Health ; Anne-Marie Mayer, op. cit. Note 32.

(5) Donald R. Davis, « Trade-Offs in Agriculture and Nutrition », in Food technology. 2005. http://www.organic-center.org/reportfiles/Trade-offs%20in%20agriculture%20and%20nutrition,%20Davis,%20Food%20Technology%20March%202005.pdf

(10) Pourquoi une pomme des années 1950 équivaut à 100 pommes d’aujourd’hui. 2015. Amélie Mougey. http://www.terraeco.net/Pourquoi-une-pomme-des-annees-1950,58246